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La Sieste pour qui ? Bonne ou mauvaise idée ?

La sieste est un sujet clivant dans la littérature scientifique. Longtemps considérée comme une habitude de vie protectrice (« la sieste méditerranéenne »), elle fait désormais l’objet de mises en garde concernant la santé cardiovasculaire et cognitive. La réponse scientifique actuelle ne penche pas pour un « pour » ou « contre » absolu, mais dépend d’une variable maîtresse : la durée, corrélée à l’âge et au terrain pathologique.

Physiologie et durée : Une courbe en « U »

Le consensus scientifique actuel, issu de méta-analyses de cohortes (plus de 300 000 participants), met en évidence une relation dose-réponse en forme de « U ».​

  • La sieste courte (< 30 min) : Elle est généralement considérée comme sûre, voire bénéfique. Les méta-analyses montrent qu’une durée inférieure à 30 minutes n’est pas associé à un facteur de risque de maladies cardiovasculaires ni à une mortalité accrue toutes causes confondues. Elle permet d’éviter l’inertie du sommeil (l’état de somnolence post-réveil) tout en restaurant la vigilance.​
  • La sieste longue (> 60 min) : Elle est systématiquement associée à une augmentation des risques. Une durée supérieure à 60 minutes est corrélée à une hausse de 1.15 à 1.28 fois du risque de mortalité toutes causes confondues.​

Bénéfices cognitifs et performance (Arguments « Pour »)

Sur le plan neurocognitif, la littérature valide l’efficacité de la sieste, indépendamment de l’âge.

  • Performance et Mémoire : Une revue systématique de 2022 portant sur 60 échantillons a montré que la sieste l’après-midi offre un bénéfice « faible à modéré » (Cohen’s d = 0.379) sur la mémoire, la vigilance et la vitesse de traitement.​
  • Contre-mesure à la privation de sommeil : En situation de dette de sommeil (ou privation partielle), la sieste de 30 à <60 minutes a un effet modéré à élevé sur la récupération de la performance physique et cognitive, ainsi que sur la réduction de la fatigue perçue.​
  • Synergie chez l’adolescent : Une donnée intéressante nuance le risque cardiovasculaire : chez les adolescents, la combinaison d’une adhésion élevée au régime méditerranéen et de la pratique de la sieste est associée à une pression artérielle plus basse, suggérant un effet synergique protecteur à cet âge.​

Risques cardiovasculaires et métaboliques (Arguments « Contre »)

C’est ici que la nuance est cruciale. Les risques sont majoritairement liés aux siestes longues et aux terrains pathologiques préexistants.

  • Hypertension et accident vasculaire cérébral (AVC): Une méta-analyse a montré une association significative entre la sieste diurne et l’hypertension (RR 1.13 à 1.19). Ce risque est exacerbé par la durée : chez les hypertendus, une sieste > 60 minutes augmente substantiellement le risque de premier AVC (Ischémique notamment).​ Cependant cette étude ne permet pas d’éliminer que les siestes longues soient liées à un syndrome d’apnées associé, dont on connait l’effet à la fois sur le besoin de dormir dans la journée et sur le risque cardiovasculaire associé.
  • Risque métabolique : Les siestes prolongées sont associées à une augmentation du syndrome métabolique et du diabète. Les données montrent que le risque cardiovasculaire augmente fortement après 45-60 minutes de sommeil diurne.​
  • Biais de causalité inverse : Il est important de noter que chez les sujets âgés, une sieste longue est souvent la conséquence d’une santé dégradée (inflammation chronique, sommeil nocturne fragmenté, apnée du sommeil non traitée) plutôt que la cause directe du décès.​

Attention à des siestes excessives chez les personnes âgées :  un marqueur de déclin cognitif ?

L’impact de la sieste s’inverse potentiellement avec le vieillissement cérébral.

  • Marqueur précoce de démence : Chez la personne âgée, une sieste excessive (≥ 2 heures/jour) est identifiée comme un marqueur précoce et robuste de futur déclin cognitif et de démence. Les études longitudinales montrent que les trajectoires de siestes longues, ou augmentant avec le temps, sont liées à un déclin cognitif plus rapide.​
  • Hétérogénéité des résultats : Si certaines études suggèrent un bénéfice cognitif chez le senior, les preuves penchent vers un risque accru lorsque la sieste devient une nécessité physiologique incontrôlable plutôt qu’un choix comportemental avec une sieste courte instaurée de longue date.

Un résumé en tableau

ParamètreSieste Courte (< 30 min)Sieste Longue (> 60 min)
Mortalité (Toutes causes)Neutre ou Protecteur (J-Curve) ​Risque accru (RR ~1.28) ​
Risque CardiovasculaireAucun risque significatifPossible risque augmenté (HTA, AVC) ​
Cognition (Adulte sain)Amélioration vigilance & mémoire ​Risque d’inertie du sommeil
Cognition (Sujet âgé)Potentiellement bénéfiqueMarqueur de déclin cognitif/Alzheimer ​
Contexte de privationRecommandé (Récupération) ​Efficace mais attention à l’inertie

Conclusion : La sieste n’est ni bénéfique ni catastrophique en tant que telle. Elle peut-être un facteur de risque lorsqu’elle est longue (> 1h) et non intentionnelle (subie). En tant que stratégie de récupération active (courte durée), elle reste une technique pour récupérer valide.

Références bibliographiques

  • To nap or not? Evidence from a meta-analysis of cohort studies of habitual daytime napping and health outcomes ; Yang Y-B,  Sleep Medicine Reviews, 2024
  • Association between self-reported napping and risk of cardiovascular disease and all-cause mortality: A meta-analysis of cohort studies, Wang M, PLOS ONE, 2024
  • Association of Nap Frequency With Hypertension or Ischemic Stroke, Yang E, Hypertension, 2022
  • Daytime Napping and the Risk of Cardiovascular Disease and All-Cause Mortality: A Prospective Study and Dose-Response Meta-Analysis, Yamada T, Sleep, 2015
  • Systematic review and meta-analyses on the effects of afternoon napping on cognition, Leong RLF,  Sleep Medicine Reviews, 2022
  • Daytime napping and cognitive health in older adults: A systematic review, Li J, Geriatric Nursing, 2022
  • Is daytime napping an effective strategy to improve sport performance? A systematic review and meta-analysis, Souabni M, Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports, 2023
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